Japan ASBL

心 (shin), le mental

Un esprit fort dans un corps humain, c'est la plus grande force dans la plus grande faiblesse (Isocrate)

Nous ne pouvons être plus japonais qu’un japonais.  Il y a une sensibilité qu’un Occidental ne ressentira peut-être jamais mais l’important est la voie que l’on suit, pas l’endroit où l’on arrive.  Si on intègre déjà cela, on marche déjà dans la bonne direction.

Premier volet :

Dans notre société actuelle, tout le monde émet son petit avis, chacun commente n’importe quoi sans s’assurer qu’il a les compétences pour ce faire.  Dans le monde des arts martiaux japonais, l’on peut toujours se documenter extra-muros puis venir expliquer à tous le fruit de sa recherche mais AVEC TOUTE L’HUMILITÉ REQUISE et avec l’autorisation du Sensei (donc en évitant les « ragots et superstitions de vestiaires »).

Nonobstant, l’enseignement des arts martiaux restera toujours une transmission orale et kinesthésique directe et immanente.  Parfois avec un petit support écrit ou vidéo MAIS, JAMAIS, il ne faudra le considérer comme un réseau social où les trouvailles faites sur Internet, prétendument authentiques, auront droit de cité.

Le risque est d’être considéré comme prétentieux.  En Occident, nous ne sommes pas habitués à la façon d’être bien japonaise que voici : ce n’est pas parce que votre Sensei ne vous reprend pas de volée pour votre remarque déplacée qu’il en pense moins.  Il est juste soucieux de ne pas vous faire perdre la face devant tous les autres.

Donc si votre Sensei ne réagit pas ou réagit tièdement à votre super-suggestion, dites-vous par défaut que vous êtes en train de vous enfoncer…  C’est le premier volet du mental à développer via les arts martiaux.  Sans avoir intégré cet aspect, il ne faut même pas envisager de mettre un pied sur le tatami.

Second volet :

Il y a le fait de s’intéresser à la civilisation d’où proviennent les arts que nous pratiquons.  Si on cherche juste à « faire japonais », on passe à côté de l’essentiel : les nombreux avantages mentaux, individuels et collectifs, que l’esprit des arts martiaux japonais apporte à notre personne et à notre société.  L’optique éducative (et ni compétitive ni de self-défense) des arts martiaux japonais pacifie les pratiquants tout en leur donnant une force de caractère inégalée.   Parmi les valeurs martiales qui sont prônées au travers de la pratique des arts japonais, les plus importantes à nos yeux sont :

  • katsumi (克己), la maîtrise de soi (par la mise en situations les plus critiques)
  • jin (仁), la bienveillance (en mettant toujours la santé du partenaire devant l’efficacité d’une technique)
  • reigi (礼儀), la courtoisie (cf. premier volet ci-dessus)
  • meiyo (名誉), l’honneur (par l’affiliation à la DNBK)
  • chi (知恵), la sagesse (en se souciant d’expliquer ce qui peut l’être)
  • nin (任), le devoir (par la mise à contribution de tous à diverses organisations)
  • kō (孝) ; la piété filiale (par l’alignement selon l’âge)
  • shin (信) ; le sens du sacrifice (par l’organisation d’exercices de cohésion)
  • ketsu (潔), l’intégrité (par la confiance qui est témoignée à chacun)
  • ren (練) ; la discipline (par un Règlement d’Ordre Intérieur)
  • jō (情) ; la compassion (en cherchant toujours à se placer dans la peau de l’autre)
  • tōki (闘気), l’esprit combatif (par des examens associant sécurité et réalisme)

Notre Recteur est Diplômé ès Études Spécialisées en Langues & Civilisations de l’Asie orientale – Orientation Japon de la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université de Liège et, en cette qualité, il tente de distiller ce savoir théorique à chaque cours.  Pour ce qui est de sa sensibilité japonaise, il a fréquenté plusieurs maîtres japonais, parfois de longues journées voire soirées durant (stage en élève interne, « 3ème mi-temps »…).

Troisième volet :

Il y a enfin l’état mental de « non pensée », souvent médiatisé, rarement compris, qui permet le travail de sen no sen.  Sen no sen c’est agir dans le temps opportun, c’est prévenir une attaque avant qu’elle ne nous touche voire avant qu’elle ne commence.  C’est vrai sur le tatami, ça l’est encore plus dans la vie courante.  Ce n’est pas une vue de l’esprit et cela n’a rien d’extraordinaire : il est réellement possible de ressentir quand une personne va bouger et de quelle manière.

Explication : chacun d’entre-nous effectue des micro-mouvements qui annoncent nos intentions (il y a aussi des micro-expressions sur notre visage qui indiquent nos sentiments passagers mais c’est un autre débat).  Ce n’est qu’une question d’entraînement de les repérer et d’agir en conséquence.  Il n’y a pas de 6ème sens ni de précognition, tout est dans l’entraînement !   Tout comme c’est une question d’entraînement d’arriver à masquer ces micro-mouvements (mais celui qui le fait est vite repéré par les connaisseurs…)

Dans la vie courante, un peu de finesse d’esprit vous indique dans quelle direction le vent tourne en étant attentif au comportement des gens que vous croisez, surtout d’après leur réaction à des annonces provoquant l’émotion.  De là à faire de fausses annonces pour voir la réaction d’une personne qui vous permettra de déduire sa position sur un sujet alors qu’il se tait, il n’y a qu’un pas, mais à franchir avec beaucoup d’habileté.  Qui sème le vent…

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